Interview sur le Net Art

J’avais précédemment été interviewé par Anne -Cécile Meurisse, étudiante en Master 2 IDEMM à Lille 3, dans le cadre du Congrès Lille Net 2007, sur les mondes virtuels. Cette fois, c’est Julie Berthelon, étudiante en master 2 « art, technologies et industries de la communication et médiation culturelle » qui m’a interrogé sur le Net Art.

1) Pensez vous qu’il faille conserver les œuvres du net art ?

Il me semble que la question se pose trop tôt, dans la mesure où la problématique actuelle des musées est la numérisation de leur fonds « traditionnel » et la promotion de leurs activités culturelles par le biais du web. Attendons la reconnaissance par le monde de l’art du Net Art en tant que nouvelle forme d’expression artistique ou pour le moins créative.

2) Est-il réellement possible de conserver des œuvres dites « évolutives » ?

D’un point de vue technique oui, mais cela sous-entend que le Net Art n’est voué qu’à être « exposé » en musée. Et c’est, à mon sens, ce point qui engendrera des questionnements comme cela a pu être le cas avec certaines œuvres conceptuelles. C’est à dire l’identité actuelle d’une œuvre d’art dans notre société et finalement son sens.
3) Pensez vous que « l’approche des médias variables » développée par Jon Ippolito(variablemedia.net) soit l’une des solutions de conservation appropriée pour le net art ?
Jocker. Je ne connais ni ce monsieur, ni l’approche qu’il a développé.
4) Comment voyez-vous l’évolution de la monstration institutionnelle (musées, galeries, expositions), par rapport à la monstration sur Internet ?
D’un point de vue d’une sensibilisation culturelle et d’une diffusion des œuvres, les institutions culturelles « physiques » conserveront leurs forces et leur atouts, car il est clair que le web ne permet pas de « démocratiser » l’art, contrairement à ce qu’on a pu penser, il y a quelques années.5) Pensez vous qu’il y ait un rapport de force, une lutte des pouvoirs dans les institutions ?Je serais bref : oui. Y compris entre artistes et leur rapport avec les institutions, même dans le domaine numérique. Il suffit de voir la polémique engendrée par la récente pétition des acteurs du numérique. Cela a exacerbé les rancœurs liées au mode d’approche, de création et de financement. en bref la position de l’artiste et de son travail dans le fonctionnement de notre société.

6) Pensez vous que le manque de financement du net art, le rejet des institutions, soit dû à sa remise en cause de la vulgate esthétique ?

Je pense effectivement qu’une partie des institutions culturelles (Il ne faut pas perdre de vue qu’elles ont une « mission » à remplir auprès de « leur » public habituel) n’a pas intégré l’art numérique à cause de sa remise en cause de cette vulgate esthétique, bien que la peinture numérique, par exemple, n’en est que son prolongement technologique. Maintenant pour ce qui est de l’aspect du financement du net art, tout en faisant un effort d’abstraction concernant la situation actuelle de désengagement de l’État, voire du démantèlement du Ministère de la Culture, je pense que si les artistes ne travaillent que pour les institutions, la création artistique est amené à s’éteindre, car elle n’aura plus de sens.

7) Pensez vous que le net art soit un analyseur et que nous assistions à l’amorce de la mise en place d’un nouveau système de l’art ?

D’un point de vue créatif, aujourd’hui, je vous réponds non, mais le temps me contredira peut être. Maintenant d’un point de vue de la diffusion, l’édition et la commercialisation, oui. Mais il y a encore beaucoup à faire.

8] Qu’est-ce que qui tient lieu d’œuvre dans l’art numérique selon vous? (le programme, les actualisations, le réseau lui même….) ?

Vaste question tant il difficile de définir avec précision les contours de l’art numérique tant les disciplines artistiques qui tendent à s’y rattacher sont multiples et polyvalentes. Si nous parlons précisément du Net Art, ce qui me semble être le cas, différents éléments interviennent dans la « notion » d’œuvre : le concept initial défini par l’artiste, le contenu d’une commande, le cas échéant, bien sur et toutes les évolutions de celle ci mais immanquablement les outils propres aux réseau : vidéos, scripts, programmation interactive … etc. A ce titre, le net Art, si il perdure, évoluera avec les développements technologiques. Mais alors que dire d’une œuvre qui évolue au gré des internautes, des spectateurs ou d’un collectif d’artistes ?