Interview de l’artiste armoricain Hominn Lebirec

Hominn LebirecFrançois COLIN : Comment définiriez vous la peinture numérique?
C’est quoi la peinture numérique? Tentons une modeste approche sémantique. Il y a un problème de vocabulaire qui peut-être nous vient de l’anglais. « PAINTING » en anglais signifie à la fois « peinture » et « tableau (de peintre) », et la « TOILE » telle qu’on l’entend en français peut se traduire par « Painting » ou « Canvas ». Les anglais parlent de « Digital Painting », donc de « Peinture Numérique », mais est-ce la technique, où l’objet toile? Il semble que chez eux les deux soient intimement liés. Du moins d’un point de vue de créateur, pas des acheteurs. Ce flou me perturbe un peu pour définir en langue française ce que peut être la peinture numérique. D’autant plus que la « peinture » se définit comme étant une matière colorante composée d’un pigment et d’un liant, utilisée pour recouvrir une surface, pour la protéger ou l’orner. Où est la peinture? Comme « moyen d’expression » peut-être? Nous pouvons l’accepter. La peinture est avant tout de la couleur, mais derrière la couleur se cache la texture. Où serait la sensualité de la texture tant affectionnée par les artistes peintres?

Donc à priori la « peinture numérique » désigne en français, une technique infographique dont le seul support est l’écran d’ordinateur. Cette technique utilisant des brosses, pinceaux et mediums numériques simulant les outils traditionnels de l’artiste peintre. Ceci est vrai tant que cette peinture numérique ne quitte pas l’écran de l’ordinateur. Il y a là débat; pour moi la peinture numérique est une simulation de la vraie peinture sans existence propre ni clairement définissable dès qu’elle quitte son support d’exécution. Si cette technique de représentation picturale quitte l’écran, je ne vois pas ce que cela peut être, sinon une infographie originale, ressemblant plus à une aquarelle qu’à une peinture. Les peintres du numérique ont un sérieux problème pour faire avaler la pilule de cette « peinture numérique » qui se voudrait équivalente aux tableaux des artistes peintres. Il y a une erreur quelque part. Mais où? Je n’ai pas la réponse.

La peinture numérique n’a aucune chance de rivaliser avec sa comparse authentique. Pourquoi? Parce qu’aucune imprimante n’imprime en huile, en acrylique ou en gouache. Faut-il inventer ou changer de vocabulaire pour désigner exactement ce nouvel art numérique? Ceci afin de ne pas la confondre avec la vraie peinture, je ne sais pas. Autrement, la peinture numérique risque de ne rester qu’une fausse peinture, une pâle imitation de sa rivale reconnue et admirée depuis des siècles.

Victor GRILLO, l’inventeur de la machine à peindre, pouvait lui, parler réellement de peinture numérique, parce que ses buses pilotées en direct (en LIVE, pour les anglophiles) par un programme spécial de dessin, crachaient de l’authentique peinture sur n’importe quel support. C’est le seul que je connaisse qui fasse réellement de la vraie peinture numérique au cours de performances très démonstratives.

Personnellement je ne sens pas du tout concerné par les termes de « Peinture Numérique », puisque mon art est totalement vectoriel, ou lavis, ou aquarelle, ou 3D. Je ne pratique pas la peinture, et ne suis absolument pas un artiste peintre (« a painter » en anglais), même si j’utilise Painter de Fractal Design. Par contre une impression d’encre à l’eau ou à solvant peut très bien, être acceptée en tant qu’aquarelle numérique ou lavis numérique sans aucune discussion. Ces techniques, tant sur ordinateur, que les reproductions sur toile ou papier, ont un résultat dans leurs médiums de restitution, comparable à ceux du traditionnel. La polémique n’a, à mon avis, pas lieu d’être.

FC : Qu’est ce que vous apporte cette technique par rapport à un autre médium?
A moi, rien du tout, puisque je ne fais pas de peintures numériques; tout juste à la limite une série « PAINT’URE », pour le fun et l’expérience. Je ne serai jamais un peintre du numérique. Mais c’est quoi un peintre du numérique, a digital painter? Un peintre qui fait un numéro sur le bout des doigts? Avec quoi? Du jet d’encre???

FC : Comment et à quel moment, avez vous abordé la peinture numérique?
J’ai abordé ce que vous appelez « peinture numérique » dans une série d’imitations, sans aucune prétention de peintre, intitulée « PAINT’URE » mais pas PEINTURE. J’ai toujours préféré le travail avec les encres, les lavis, les gravures, les pastels et la sculpture. J’ai donc produit une série de plus de 150 œuvres, de lavis numérique au format carré. Je me suis imposer un travail identique à un travail traditionnel sur un support papier humidifié, sans « control+Z ». Mis à part que mon papier PAINTER 4.0, était noir et vertical, et mon pinceau un crayon optique, placé en bas et à l’horizontal sur une tablette graphique (pas vraiment l’idéal). J’ai respecté la méthode traditionnelle pour passer la couleur. Tout cela pour répondre à la stupidité et à l’esprit étriqué de mes contemporains, qui affirmaient que c’était l’ordinateur qui créait tout à notre place. Mais c’était il y a 15 ans et ce n’était pas de la peinture numérique, mais des lavis numériques qui n’ont jamais été imprimés. Ils étaient destinés à rester sur écran dans une galerie interactive multimédia, une exposition virtuelle en cimaise sur Cd-rom intitulée « BOCAL EXPO ». Ces lavis seraient tout de même très beaux imprimés en encre à l’eau ou à solvant sur un papier à grains.

FC : Quelles sont vos sources d’inspiration et comment définiriez vous votre travail?
Mes sources d’inspirations me sont dictées, par des évidences de l’esprit et le souffle de l’Armorique liée à la terre, à la mer, à la roche, au ciel, aux animaux, aux plantes, à mes amis les arbres, à la beauté d’une intelligente innocence toujours en mouvement. C’est la spirale; pas le maelström, ni le tourbillon. L’esprit armoricain quoi !
Mon travail : c’est un sacré boulot! Un sacerdoce très mal rétribué. Mes œuvres : belles, intelligentes, subtiles; raffinées et brutes à la fois, adroites et maladroites, naïves et sagaces, simples et complexes, toutes empruntent de spiritualité, de sens cachés, de finesses invisibles, c’est le style hominnien par excellence, la secrète lumière, sans fausse modestie. Je suis désolé si j’aime ce que je fais, je n’ai rien d’un artiste morbide, triste et morose. Je ne fais que répéter ce que l’on m’a déjà dit des dizaines de fois, je finis par y croire et cela m’amuse beaucoup.
Produire un idéal de beauté dans un monde d’humains exécrables c’est le devoir des vrai(e)s artistes dont je fais partie. Eveiller les consciences à autre chose qu’au commerce du crime, aux mensonges, aux apparences et perversions trash pour citadins aliénés. Elever l’humanité non vers un dieu qui n’existe pas, mais vers l’acceptation de toutes les différences pacifiques. Ne jamais chercher à choquer pour se faire remarquer en étalant de puantes et affreuses défécations. C’est la naïveté qu’il faut ancrer dans son âme pour espérer faire évoluer l’espèce de sous-hommes qui dominent la planète de haut en bas. S’attaquer à une armée de bien pensants près à vous crucifier au 1er carrefour comme de vulgaires mécréants de l’église romaine (mais les autres ne valent guère mieux) est un devoir. Les gens devraient se tourner vers l’Art pour développer leur spiritualité. L’art est divin, il communie avec la Nature. Les productions urbaines sont trop souvent des couches de pollutions supplémentaires sans intérêt.

Je définis mon travail d’artiste comme une obligation à laquelle j’aimerai bien échapper. Je serai riche et sollicité par de belles courtisanes cultivées, ma vie serait facile si j’acceptai cette aveugle médiocrité d’égoïste et tous ces réseaux arrosés de cocktails fardés. Lorsque des forces invisibles attendent de vous que vous sauviez quelques trop rares esprits qui revendiquent honneur, fierté, honnêteté, intégrité, sincérité, bonheur, amour, harmonie et respect de tout le monde vivant, petit ou grand, visible et invisible; il faut aller jusqu’au bout de sa mission et contre l’immense majorité qui n’agit que par peur et empathie congénitale.
Etre artiste armoricain, c’est marcher sur le sentier des pommes bordé d’abysses, celui qui mène à Avallon; chuter c’est échouer; mourir c’est être pardonné; vivre c’est exulter. Etre tuer, c’est pour l’assassin, l’anathème sur 9 générations. La Nature est comme ça, elle garde la mémoire de chaque chose enrobée dans un oubli apparent, jusqu’à ce que la lumière revienne. L’artiste est un révélateur qui suscite un éveil, une connaissance. Ce n’est pas qu’une simple signature au bas du tableau, qui bien coté rapporte gros. La noblesse ouvrière du Barde ne cherche pas la rentabilité de ce système d’ignorants, devenu ahurissant de bêtises.

FC : Exposez vous fréquemment et quelles sont les réactions générales du public?
J’expose en permanence dans le monde entier; sur Internet. On ne peut pas faire vitrine plus exposée et plus visible, lorsqu’on cherche bien. Le public est animal, suivant que vous êtes bien, il vous couvre d’éloges et de compliments, vous êtes un génie. Si êtes mal, il vous insulte et vous démolit sans aucune pitié, vous êtes un mauvais. Franchement ce que pense le public n’a pas beaucoup d’importance lorsqu’on ne veut être ni idolâtré, ni adulé, ni starisé; l’amour sincère d’une seule et unique femme me suffit. Si l’appréciation et la critique d’autres esprits intelligents et cultivés peuvent réconforter et encourager sur cette voie difficile et chaotique; il faut à un moment, ne compter que sur soi. Plus on vous hait plus vous devenez fort, plus l’on vous aime, plus on se ramollit. Vous savez pourquoi? Parce que l’humanité chérit trop le faux, le culte, la destruction; c’est l’injustice qui vous rend rebelle.

FC : Réalisez vous des travaux de commande et si oui de quelle nature?
Jamais ! Pour une raison simple : je n’obéis à personne et personne ne me commande. Automatiquement je dis que je ne sais pas le faire et cela ne m’intéresse pas. Je suis artiste auteur, poète et tankaède; pas artiste peintre. J’ai plus de 1000 œuvres déjà produites, me commander autre chose serait de la pure indécence et le signe d’un manque certain d’éducation. Que l’on commence par acheter ce que je fais.
Il n’y a que la musique, éventuellement que l’on pourrait me commander; et encore?… Certains compositeurs font de tellement belles œuvres, que dans ce domaine j’ai encore des complexes.

FC : Avez vous une exposition en cours ou à venir?
Oui à venir, mais je préfère ne pas en parler. En cours: « it’s a permanent Hominn’s show to www.hominn.fr »

FC : Quelles sont les artistes proches de votre univers artistique ?
Musha et le renouveau dit celtique, Vermeer et Georges de La Tour pour leur langage de la beauté et le clair obscur. Plus tous les artistes inconnus, à qui je rends hommage, ceux qui nous ont légué toutes les formes d’art non religieux et non étatique. Les deux plus grandes artistes que j’admire et qui m’émerveillent quotidiennement, sont Dame Nature et Madame la Mer. Tous les autres artistes font ce qu’ils peuvent, alors que ces deux là, font ce qu’elles doivent, et en plus c’est beau, grandiose, merveilleux et réellement fantastique. Et dire que l’on détruit leur ART de l’HARMONIE! C’est insupportable et idiot.

FC : Quels conseils souhaiteriez vous apporter à une personne qui démarre dans la peinture numérique ?
« Fais autre chose ! » S’il sait déjà tout, ce qui semble fréquent parmi les amateurs de miroirs aux alouettes, pleins de morve au nez. Pour celui qui a la fibre en lui et qui sait écouter, mieux que des conseils insupportables, je peux lui enseigner le Tanka et lui dire de respirer, d’avoir un bassin mobile, pratiquer l’Art Equestre et les Arts Martiaux, de faire une tonne d’expérience par lui-même, loin des moules préfabriqués des écoles d’arts; de se planter souvent. C’est par l’erreur et la remise en question que l’on avance.

FC : Pensez vous que la peinture numérique soit suffisamment connue en tant que discipline artistique et sinon, pourquoi selon vous?
Connue, pas connue, peu importe, l’essentiel est de faire ce que l’on aime, ce qui nous met à l’aise et met en joie notre entourage; le reste suivra. Franchement je me fous de la discipline artistique. Déjà, rien que le mot « discipline » me hérisse le poil; mais mon kung fu du vecteur est excellent! Pour ce qui est de la peinture numérique ce n’est pas ma tasse de thé, je préfère le café.

FC : Pour quel autre usage utilisez vous régulièrement votre ordinateur?
Ecriture, composition de musiques, dessins, correspondances, calculs, jeux et inter-nénettes bien sûr ! J’avais envie de dire, miroir, brosse à dents, salle de bains, wc, salon, garage, pinacothèque, bibliothèque, vidéothèque, sonothèque, raquette, basket, brouette et pirouette cacahouète…

[L’image illustrant ce billet est extraite de la page « Auteur » du site d’Hominn Lebirec]

Une réflexion sur “Interview de l’artiste armoricain Hominn Lebirec

  1. remarquable!!! En tous points en accord avec votre analyse, vous dites avec clarté ce que je pensais jusqu’à vous lire, confusément. merci de faire preuve d’autant d’intelligence.

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